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Johnny Hallyday : le commerce de la mort – INFOSPLUS

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Depuis sa mort, Johnny Hallyday a été ressuscité moralement des milliers de fois : la sombre affaire d’héritage, son album posthume, ses ventes au box-office…

J’appartiens à une culture, une civilisation islamo-judéo-chrétienne qui enseigne qu’après la mort d’une personne, l’on doit célébrer sa mémoire, selon les rites de sa religion, puis que l’on enterre le défunt au plus vite. Sa vie, à ce moment-là, est reléguée au stade des souvenirs. Il nous reste de la personne décédée des images, des moments passés ensemble, quelques sourires. 

Nous connaissons les investissements, les mises, les paris sur le juteux commerce de la mort. Je citerai le viager qui consiste à verser un loyer à un propriétaire immobilier en misant sur sa mort (le plus tôt possible) pour ensuite devenir le nouveau heureux propriétaire. Il y a également l’assurance vie. Le survivant touche un pactole après la mort d’une personne désignée contractuellement. Moralement, tout cela est sujet à dissertation, à réflexion et à « caution. » Libre à chacun d’interpréter comme bon lui semble.

Un album posthume de Johnny Hallyday

Depuis la mort du chanteur de rock Johhny Hallyday, nous nous sommes enrichis d’une autre forme de commerce de la mort : l’album posthume. L’artiste enregistre, pour différentes raisons liées à sa vie personnelle, un album dont la mise en vente aura lieu après sa mort à une date précise, et si possible en période favorable, comme celle des fêtes de fin d’année. 

Si les ayants-droits perçoivent en héritage les droits d’auteur des œuvres réalisées durant la vie de l’artiste, cela parait plus que normal. Mais là où le bât blesse, c’est lorsqu’il s’agit d’une oeuvre créée durant le vivant, pour n’être mise en vente après la mort. Une telle opération pose problème sur un plan moral et artistique. De mon humble point de vue.

Moralement, Johnny Hallyday exploiterait sa notoriété au-delà de sa propre vie d’humain et de simple mortel. Il y a une espèce de revendication à s’incarner en un « dieu », un être exceptionnel vouant à l’adoration. Chacun, selon ses croyances religieuses ou morales, appréciera une telle situation. La mort marque justement une fin dont personne ne revient, que l’on soit riche ou pauvre, anonyme ou célèbre. Elle mène l’homme vers son destin.

Sur un plan artistique, conditionner une oeuvre sur sa mort prochaine met l’accent sur une dramatisation, la recherche d’une exploitation des tristesses et des chagrins des un(e)s et des autres à des fins purement commerciales. La mort risque également d’étouffer dans l’œuf l’oeuvre dans ses aspects artistiques.

Mais Johnny Hallyday avait-il conscience de tout cela ? Une question qui soulève un autre problème : celui de l’artiste qui bien souvent ne s’appartient pas à lui-même mais aux autres. Avec toutes les dérives possibles et imaginables que cela comporte.

C’est d’un arbre planté de mon vivant que les hommes continueront à consommer ses fruits même après ma mort. C’est d’un puits creusé de mon vivant que les hommes s’abreuveront encore même après ma mort.

Touhami Moualek

  

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