Les extrémistes de tous bords prennent la France en otage

Les extrémistes de tous bords prennent la France en otage
Jacques Chirac, Président de la République française de 1995 à 2007

Emmanuel Macron : “La France se racialise.” Permettez-moi, monsieur le Président, de rappeler que c’est, en grande partie, grâce à vous si la France se racialise. Parce que vous avez (sous votre quinquennat), à des fins de calculs politiques populistes, libéré la parole et ainsi permis aux extrémistes de tous bords de s’exprimer librement et de manière décomplexée.

A tel point que l’on n’entend plus qu’eux (les extrémistes). Zemmour, avec son ami et mécène Bolloré, s’en donne à cœur joie sur CNEWS. Pascal Praud est également aux manettes et explose les audimats avec ses acolytes néoréacs que l’on ne présente plus. C’est simple, Marine Le Pen fait désormais partie des plus modérés. C’est votre bilan, monsieur le Président ; c’est aussi votre échec à la tête de l’Etat ; c’est de votre responsabilité.

Mais faisons bien attention, monsieur Bolloré gagne de l’argent en surfant sur les extrémismes, les populismes, les peurs et les angoisses (souvent fantasmées) des citoyens. Pourtant, l’histoire nous a récemment enseignés que les extrémistes parviennent toujours au pouvoir grâce au capitalisme, aux capitalistes sans foi ni loi.

A chaque attentat terroriste, hélas trop nombreux, des extrémistes racistes sans scrupules, toujours les mêmes, pointent du doigt les Français de confession musulmane. Ils vont même jusqu’à donner des ordres : “Descendez dans la rue pour condamner ces attentats et désolidarisez-vous de ces islamistes terroristes !” Autrement dit : “Prosternez-vous et demandez pardon, on vous pardonnera peut-être.” Quelle clémence ! Ces gens-là, monsieur le Président, vous leur avez laissé le champ libre. Ils ne se privent pas d’abuser de cette liberté d’expression à géométrie variable.

La Seine-Saint-Denis (département d’Ile-de-France) compte environ 1,7 million d’habitants. Les médias et les politiques n’évoquent, lorsqu’ils parlent de ce département, que les quartiers dits difficiles et les lieux de vente de stupéfiants ; quelques centaines d’individus, une infime minorité. Cela est dérisoire par rapport au nombre d’habitants. On parle peu des inégalités, des discriminations, des stigmatisations atteignant les habitants de ce département nommés, de manière très péjorative, des banlieusards (du temps des colonies on les appelait les colonisés des indigènes.) On met en avant les extrémistes, les islamistes, les terroristes, mais jamais ce qui se fait de meilleur dans ces banlieues. A croire (je le crois volontiers) que l’on veut cantonner ces populations dans la délinquance, les trafics de drogue et autres crimes organisés.

Lorsque l’on évoque le racisme et les injustices sociales — ce n’est pas de la faute de l’Etat mais à une mentalité française bien présente, bienpensante, ancrée dans les esprits — visant les habitants de Seine-Saint-Denis, on nous rétorque : “Mais non, les Français ne sont pas racistes, il s’agit d’une minorité.”

Dans ce cas, pourquoi les Français ne descendent pas dans la rue en masse pour se désolidariser de cette minorité raciste et xénophobe ? Il faut appliquer à soi-même ce que l’on veut imposer aux autres.

En France, toujours grâce aux extrémistes, majoritairement en col blanc, on peut organiser des manifestations contre l’antisémitisme. C’est très bien, je suis le premier à souscrire. Mais on ne peut organiser des manifs contre l’islamophobie ; vous savez, cette hostilité envers les Musulmans que beaucoup nient. On nous répond toujours : “Oh là là ! Non, parce qu’il y aura la présence des frères musulmans, des islamistes ! Vous vous rendez compte, c’est dangereux pour la République !” C’est exactement la stratégie utilisée par des intellectuels prosionistes lorsqu’on critique Israël. Ils brandissent leur joker en prétextant des arguments antisémites. Il s’évitent ainsi tout débat ; toute porte ouverte au dialogue est fermée. Le débat est clos.

Monsieur le Président, moi qui suis (en tant que citoyen musulman) désigné comme un potentiel terroriste dans la loi sur les séparatismes, et un virtuel islamiste dans votre société de vigilance ; qui suis montré du doigt et accusé de tous les maux de la société par des extrémistes (que je ne connais pas) abonnés aux plateaux télés, sans que je puisse répondre et me défendre ; qui suis la variable d’ajustement lorsqu’il faut faire le plein de voix pour être élu ; qui suis le bouc émissaire, le lépreux, auquel il faut toujours faire porter le chapeau dans ce beau pays délibérément confié aux pires extrémistes ; qui suis, parait-il, un des éléments d’une cinquième colonne imaginée par Eric Ciotti est ses sbires, sachez que je ne sais pas encore pour qui je voterai à la prochaine présidentielle de 2022, mais je sais déjà avec certitude pour qui je ne voterai pas.

Et je ne pense pas être le seul à ressentir la même colère, les mêmes sentiments de trahison ; car oui, vous nous avez trahis. Comme tous vos prédécesseurs. A une nuance près significative : nous attendions un peu plus de votre part que celles et ceux qui vous ont précédé.

Dans un pays où un extrémiste tel Eric Zemmour — plusieurs fois condamné par la justice pour incitation à la haine raciale, qui a réhabilité le régime de Vichy, qui soutient le Grand remplacement, qui appelle les Français, sur CNEWS à la guerre civile, qui d’Italie avait appelé à “déporter les Musulmans” — envisage de se présenter à l’élection présidentielle, alors tout peut arriver.

Comment avez-vous pu, monsieur le Président, en tant que Président de tous les Français, appeler au téléphone cet extrémiste pour le soutenir ? Comment avez-vous pu également vous écrier, au nom de Charlie Hebdo : “Nous continuerons les caricatures” ?

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