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La torture en Algérie a été institutionnalisée par l’État français.

La torture en Algérie : Emmanuel Macron demande pardon à la famille de Marcel AUDIN au nom du pays
La torture en Algérie : Emmanuel Macron demande pardon à la famille de Marcel AUDIN au nom du pays, reconnaissant implicitement la responsabilité des pouvoirs politiques français.

La torture est une pratique immonde, l’expression d’une barbarie incitée à son paroxysme, qui salit à jamais la mémoire de toute l’Humanité. 

Torture en Algérie : il n’y a plus aucun doute.

Il n’y a plus aucun doute sur l’usage généralisé et institutionnalisé de la torture en Algérie. Des officiers français (dont les généraux Aussaresses et Massu) l’ont explicitement reconnu. Des historiens l’ont établi de manière formelle. Des témoignages existent par centaines de milliers. Seuls les forcenés de l’histoire, s’accrochant au Paradis perdu, contestent encore cette vérité universellement reconnue. C’est nier une évidence et se voiler la face.

Le 13 septembre 2018, le président français Emmanuel MACRON rendra visite à Michelle — la fille de Maurice Audin, communiste français et anticolonialiste, mort en 1957 (torturé puis exécuté) — et lui demandera « pardon » au nom du pays. Le général Massu affirmera explicitement : « La torture en Algérie a été généralisée et institutionnalisée. » Ce qui indique la responsabilité directe des pouvoirs politiques successifs d’avant l’indépendance de l’Algérie.

Quant à l’argumentaire simpliste et d’une teneur saisissante — du style de celui évoqué par Eric Zemmour qui prétend que « c’est la guerre, et une guerre c’est forcément sale » — et consistant à justifier, à banaliser la torture, je dis qu’il faut refuser ces arguments niais et simplificateurs. Il convient d’établir une graduation, des degrés de responsabilité pour y voir plus clair.

Oui, dans l’absolu, les résistants algériens auraient dû éviter le terrorisme et la torture. Je me place là simplement sur un plan strictement moral, en acteur extérieur — bien que j’aie encore de vagues images restées indélébiles dans ma mémoire — s’efforçant d’adopter une attitude humaniste.

Oui, la puissance coloniale occupante aurait dû éviter la torture, la barbarie, l’inhumanité et la violence aveugle pour gagner la bataille d’Alger, et non la guerre. Parce que tôt ou tard, il y aurait eu d’autres guerres et ainsi de suite jusqu’à une totale indépendance de l’Algérie. Quand un processus de lutte pour une liberté, quelle qu’elle soit, est engagé, généralement il finit par aboutir et aller jusqu’à son terme. Je pense notamment aux luttes entreprises par le peuple palestinien, également victime de tortures. 

Cela étant précisé, il faut remettre chaque belligérant à sa place et à son propre rôle afin de déterminer, explicitement et avec discernement, les responsabilités propres aux uns et aux autres.

Torture en Algérie : toute oppression crée une résistance.

Sans l’occupation par la force d’un État étranger, en l’occurrence, la France en Algérie, il n’y aurait eu ni terrorisme, ni torture, ni guerre d’indépendance. C’est manifestement le système colonialiste qui, d’une part, a donné naissance à un inévitable mouvement de résistance et, d’autre part, a directement généré une guerre avec de terribles conséquences : la torture et le terrorisme. L’occupé a résisté à l’occupant, ce qui constitue une forme de légitime défense. Sur le plan du droit, c’est une reconnaissance d’un droit absolu à se défendre. Sur un plan moral, les moyens mis en œuvre pour sa défense sont discutables. Mais, les responsabilités sont loin d’être partagées à part égale : l’agresseur ne peut être mis sur le même plan que l’agressé (qui ne ferait que se défendre avec les moyens dont il dispose). Un problème d’ordre philosophique qui est un tout autre sujet.

En tout état de cause et pour toute conscience qui raisonne et réfléchit de manière rationnelle, il apparaît que l’État français serait doublement responsable. Par une politique coloniale brutale, violente, impitoyable, cet État français a créé de facto des guerres — on ne retient que la guerre d’indépendance 1954-1962, oubliant que la période coloniale va de 1830 à 1962 — ayant elles-mêmes conduit à d’horribles souffrances de part et d’autre. Mais, pire, l’État français a rendu légale et institutionnalisé une machine à broyer, à tuer, à arracher à tout résistant sa dignité d’homme : la torture. Dans le seul but de se maintenir dans un pays occupé militairement et contre la volonté légitime de tout un peuple. Les droits de l’homme ont été bafoués. La République n’en sortira jamais indemne, vacillant à plusieurs reprises. 

J’en déduis, pour ma part, que l’État français — et non pas les citoyens français — est le seul responsable des crimes commis avant et durant la guerre d’Algérie. Il est (et lui seul) à l’origine du terrorisme et de la torture en Algérie, finissant même par voir émerger, en son sein, des courants radicaux qui feront l’apologie du terrorisme : l’OAS.

Il n’est pas question ici de raviver les douloureuses heures d’une époque terrifiante, par haine, vengeance ou je ne sais quel sentiment revanchard. Il est juste question de tenter de rétablir la vérité, celle que des historiens algériens et français finiront par mettre en exergue. Il n’est pas question non plus de « charger » les colons, les pieds-noirs, les Séfarades et de prétendre que ceux-ci étaient tous des salopards n’ayant commis en Algérie que crimes et massacres. La vérité est bien plus complexe que cela. Mais, il est temps de reconnaître que des crimes contre l’humanité ont été commis en Algérie au nom d’un système colonialiste, aujourd’hui révolu ; celui-ci au nom duquel des milliers de Français et des millions d’Algériens sont tombés. Nous leur devons bien la vérité, pour en finir définitivement avec ces vieux démons du passé toujours présents.

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