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Quelle est donc cette moralité adaptable et raciste que défend le Rassemblement national ?
D’après certains dirigeants du Rassemblement national, l’émancipation des femmes serait parfois définie par une contradiction : une femme serait totalement « libre » si elle peut se montrer sans limites, y compris en révélant les aspects les plus privés de son anatomie. Soumise aux regards et aux impératifs d’une société très sexualisée, elle ne serait pas pour autant dépendante, car elle posséderait supposément son corps et aurait la liberté de l’utiliser comme elle le souhaite. La représentation omniprésente du corps féminin comme vulgaire objet de consommation n’afflige nullement le parti d’extrême droite. Au contraire, ils y voient une mise en valeur prétendument séduisante des « charmes féminins ». Cependant, face à cette commercialisation débridée, une interrogation persiste : quelle est la véritable éthique derrière ce « double standard » ?
L’obsession du voile : quand la pudeur devient suspecte
En revanche, lorsque c’est une femme pudique — spécialement une femme de confession musulmane — qui décide de dissimuler sa tête et de s’habiller pour sauvegarder son intégrité, le semblant de défense des droits s’effondre. Le RN se hâte alors de dépeindre le vêtement comme le signe infamant d’une affiliation à une prétendue tendance islamiste. Ces femmes sont dépeintes de manière caricaturale comme des ennemies internes, considérées comme de « potentielles terroristes » opposées à l’intégration. Sous ce discours de sécurité, c’est explicitement le profil de l’Arabe ou de la personne noire qui est spécifiquement ciblé et assigné à une résidence identitaire.
La mise en scène du rejet : l’exemple de Julien Odoul
Qu’est-ce donc que cette moralité variable selon le cas ? L’illustration la plus explicite de l’incident causé par Julien Odoul lors d’une session plénière du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté en octobre 2019 est disponible. En dépit des principes républicains et animé par une inclination islamophobe, le représentant n’a pas tardé à demander ouvertement à une mère de famille qui portait le voile, alors qu’elle accompagnait des enfants en excursion scolaire, d’ôter son voile.
Cette humiliation délibérée avait précisément ciblé un enfant qui pleurait, instaurant une violence psychologique inédite. Elle est une représentation à part entière de la doctrine idéologique du Rassemblement national. On proclame la liberté comme un slogan vide de sens lorsqu’il s’agit d’objectiver le corps des femmes. Cependant, on évoque l’intolérance et la contrainte dès lors que l’on vise à marginaliser les femmes musulmanes dans l’espace public.
Du Front national au RN : la constance d’un logiciel raciste
Cette ambivalence n’a rien d’un hasard : elle s’inscrit dans la continuité historique de l’extrême droite française.
- L’héritage de Jean-Marie Le Pen : dès sa fondation, le Front national a bâti son fonds de commerce politique sur la xénophobie, érigeant l’immigré — et plus particulièrement les populations maghrébines et musulmanes — en bouc émissaire permanent de la crise économique et sécuritaire.
- La stratégie de Marine Le Pen : sous la direction de sa fille, le parti a troqué les provocations outrancières pour une « dédiabolisation » de façade. Mais le fond n’a pas varié : le racisme antimusulman a simplement été « laïcisé » et technocratisé.
- Une xénophobie recyclée : Hier focalisé sur le mythe du « grand remplacement » et le rejet brut de l’autre, le discours s’est habillé des habits de la défense des « valeurs républicaines » et du « droit des femmes ». Une instrumentalisation cynique qui permet de masquer le même rejet de fond : exclure du pacte national les minorités, en particulier les Arabes et les Noirs.

D’après le Rassemblement national, une femme libre est celle qui peut se déshabiller à outrance, allant jusqu’à exposer les parties les plus intimes de son corps. Bien que la femme soit exposée au visuel prédateur des hommes, elle resterait néanmoins libre puisqu’elle aurait la maîtrise de son propre corps comme bon lui semble. Toutefois, quand il s’agit d’une femme pudique, particulièrement une femme musulmane qui porte le hijab et s’habille pour maintenir son intégrité morale et physique, le RN critique alors cette démarche. Il considère en effet l’islam comme un signe religieux distinctif indiquant une affiliation à un courant islamiste. Pire encore, ces femmes seraient susceptibles d’être des terroristes et ne parviendraient pas à s’intégrer dans la société. Naturellement, l’Arabe et la Noire sont explicitement mentionnés.
Touhami
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