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L’oued où je me baignais et me lavais en Algérie

L’oued où je me baignais et me lavais en Algérie

L’oued où je me baignais et me lavais en Algérie, peu après la fin de la colonisation, et autant que je m’en souvienne

L’oued. Les coassements incessants des grenouilles s’entendaient à des centaines de mètres à la ronde. Plus on se rapprochait de l’oued, lors d’un niveau atone en cet été particulièrement sec et chaud, plus on percevait les gazouillis, les clapotis des mouvements de l’eau glissant lentement à travers le lit naturel creusé au milieu des vallées pentues.

Les batraciens (amphibiens) se posaient sur les roches noires et les massifs cailloux au bord de l’oued, restaient immobiles de longues minutes, le regard fixe, s’exposant au soleil pour se réchauffer. Ils plongeaient dans l’eau par moment, sans que l’on s’y attende, puis revenaient vite sur leur perchoir. En cette période de reproduction, mâles et femelles tentaient d’imposer, par de puissants chants aguicheurs, leur envie de séduire. Des ricanements aux menaces, seule l’oreille fine et experte d’un connaisseur pouvait discerner les différents messages adressés aux innombrables mâles et femelles présents au bord de l’eau.

Nous parvenions au bord de l’oued. Nous restions en short et enlevions nos chemises et maillots, les lavions en les trempant instantanément dans l’eau, les essorions et les étendions sur des rochers en plein soleil. L’astre brillait et réchauffait si fort qu’au bout d’un quart d’heure à peine nos vêtements étaient secs et prêts à être portés de nouveau. Nous étions à un endroit de l’oued où il y avait une mince chute d’eau, loin de l’ampleur de celle du Niagara. Elle donnait sur une retenue formée d’un bassin profond, d’un bleu foncé, d’où l’on pouvait voir un tas de bestioles s’agiter, dont des sangsues que nous craignions et détestions.

De grosses libellules aux couleurs multiples, en forme d’hélicoptère, survolaient la surface de l’eau, se posaient un court instant, repartaient dans les airs à une vitesse et avec un déplacement si impressionnants qu’il était difficile de pouvoir les suivre des yeux.

C’est à cet endroit précis, dans cet oued, que nous avions l’habitude de puiser l’eau. Nous en remplissions des cruches destinées aux tâches domestiques : lavage, arrosage et entretien. Un pauvre baudet nous servait de moyen de transport. L’eau réservée à notre propre consommation provenait des montagnes. Nous devions nous rendre aux fontaines publiques d’où coulaient continuellement des sources naturelles.

Mais ce jour-là nous avions l’autorisation de nos parents de nous amuser, de nous distraire, de nous baigner, mais également de nous laver. Les disputes, les chamailleries, les rigolades débutaient et tour à tour nous plongions du haut du rocher pour crâner et mettre en avant notre courage, notre talent de plongeur, aux petits copains. C’était à celui qui réussirait le meilleur plongeon.

— Regardez-moi bien, quand vous saurez plonger comme ça, alors vous pourrez m’adresser la parole et vous asseoir à ma table ! m’écriai-je avant de me jeter dans le vide.

Malheureusement pour ma part, la réception dans l’eau n’avait pas été à la hauteur de mes prétentions. Mon énorme plouf incontrôlé avait perturbé les grenouilles qui cessèrent de coasser, comme si elles marquaient une minute de silence en mémoire de mon magistral loupé.

J’eus droit aux railleries, aux moqueries les plus sarcastiques, aux quolibets de mes camarades qui ne me ratèrent pas. On ne se faisait pas de cadeau.

Mais tout finissait toujours dans la bonne humeur et nous remontions la pente, fatigués, en direction du village. C’était encore hier. Bientôt, demain, déjà. L’oued où je me baignais est si loin… et si près.

Touhami – INFOSPLUS

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