Emmanuel MACRON en roue libre faute d’une opposition solide et crédible

Emmanuel Macron Présidentielle 2017

Emmanuel Macron est-il l’homme providentiel ? Son arrivée était imprévisible et pourtant il a vu avant tout le monde que le système politique vieillot de la France touchait à sa fin. Et s’il échouait dans son ambitieuse aventure, qu’adviendrait-il du pays ? Les extrêmes guettent et le populisme frappe déjà aux portes. 

Emmanuel Macron, l’homme qui a chamboulé la politique française

Emmanuel Macron est arrivé sur le devant la scène en tant que ministre de l’économie, sous le gouvernement de Manuel Valls. Le Président François Hollande était au plus bas dans les sondages. La politique du socialiste qui reposait sur « mon ennemi est la finance » n’a pas tenu ses promesses ; sa politique reconvertie en « social-démocratie » n’ayant pas convaincu grand monde non plus. Les impôts allaient bon train et l’inversion de la courbe du chômage (outil de mesure politique fixé par François Hollande lui-même) ne prenait pas le chemin d’une quelconque inversion. De quoi mécontenter les Français qui voyaient leur pouvoir d’achat se réduire comme peau de chagrin et leurs impôts grimper en flèche. Il y avait bien une inversion de courbe, mais elle se situait au niveau des impôts. Emmanuel Macron débarquait donc dans une période charnière cruciale et où tout pouvait se produire. Les citoyens se lassaient d’une classe politique brillant plus par les affaires, se succédant les unes aux autres, que par des capacités à vaincre le chômage et relancer une économie en veille. Survint cette séquence de la démission d’Emmanuel Macron de son poste de ministre pour se porter candidat à l’élection présidentielle. Le destin était « en marche », les Planètes alignées, les vents favorables, les cieux cléments, tout présageait de bons augures ; rien ne pouvait plus arrêter le nouveau prodige de la politique française voguant toute voile dehors, boussole en main, avec l’Elysée en point de mire. Finalement, François Hollande finira par jeter l’éponge. Trop de risques d’être éliminé, humilié dès le premier tour, voire dès les primaires de la gauche que beaucoup de ses « amis » voulaient lui imposer. Manuel Valls le poussera définitivement vers la sortie.

Et puis, circonstances heureuses, aléas de la vie, ou coup de pouce du sort, à droite c’était subitement le plongeon vers l’inconnu. Favori au départ, l’ancien Président Nicolas Sarkozy sera éliminé dès le premier tour de la primaire organisée à droite. La machine s’emballait ; plus personne ne contrôlait la situation. Les briques du mur consolidant la droite lâchaient une à une ; le mur se fissurait, rompait inexorablement. Annoncé comme l’un des grands favoris, Alain Juppé sauvera tout juste les meubles face à François Fillon et se qualifiera difficilement pour le second tour. Mais l’écart en voix était trop important. Le centriste Alain Juppé prendra la vague Fillon de plein fouet ; un Fillon qui avait le vent en poupe. La droite catholique ultra conservatrice s’était organisée et avait donné pour ordre de prendre d’assaut les urnes. François Fillon sortira largement vainqueur de ces primaires. Mais à quel prix ? Une droite traditionaliste qui allait prendre en otage le candidat Fillon et avec lui toute la droite. La division à droite semblait déjà sceller une cinglante défaite. Pourtant, au soir de sa victoire aux primaires, François Fillon s’ouvrait un boulevard vers l’Élysée. 

Gauche et droite butent et cèdent face aux propositions nouvelles et au style d’Emmanuel Macron

Mais patatras! Le journal « Canard Enchaîné » révélait, à une opinion publique médusée, une véritable bombe, des faits inattendus et surprenants. En effet, François Fillon aurait eu, selon ce journal, recours à des emplois fictifs mettant en cause son épouse et deux de leurs enfants. Ces emplois présumés fictifs se seraient étalés sur plusieurs décennies. Le scandale éclatait, le feuilleton de l’affaire Fillon démarrait et devenait un poison pour toute la droite. De la dynamite ! Il n’y aura, désormais, plus de campagne possible de la droite ; une droite qui s’enfonçait chaque jour davantage. Emmanuel Macron comprenait vite qu’il avait un coup à jouer. La gauche était divisée, trop affaiblie. La droite, qui devait en toute logique assurer l’alternative, sombrait puisque François Fillon refusait obstinément de céder sa place. Alain Juppé essaiera de convaincre Nicolas Sarkozy d’intervenir auprès de Fillon pour inciter celui-ci à retirer sa candidature. Sans résultat. Pour la première fois de l’histoire de la Ve République, un candidat à l’élection présidentielle était mis en examen pour de graves délits. Piégée, par la légitimité conférée par les primaires à François Fillon, la droite républicaine observait impuissante, pieds et mains liés, le navire « LR » qui coulait irrémédiablement. Les dés étaient jetés. Dorénavant, Emmanuel Macron avait de fortes probabilités d’être opposé à Marine le Pen au second tour. Pour le candidat d’ « En Marche » la victoire se concrétisait. Le paysage politique français vivait (et vit encore) une transformation que nul n’aurait pu imaginer. Un Big Bang secouait toute la classe politique, tous partis confondus. L’ancien monde laissait place à un nouveau monde.

Gauche, centre et droite étaient vaincus. Le vainqueur leur tendait une main, mais avec des conditions. Celles et ceux qui voulaient se joindre à Emmanuel Macron seraient les bienvenus. Ils devaient partager pleinement ses idées et défendre son programme. Ce que Valéry Giscard d’Estaing n’avait pu réussir à son époque, Emmanuel Macron le mettait en oeuvre mais en s’assurant d’avoir calciné toute notion de gauche droite et fait un mixte des deux. François Hollande défait, il ne restait plus que le néant au PS. Jamais un Président sortant n’avait été mis devant une situation aussi catastrophique, voire apocalyptique. Le PS éliminé, la droite décomposée, Emmanuel Macron n’avait plus que deux rivaux : Jean-Luc Mélenchon (la France Insoumise) et Marine Le Pen (Front National). Le premier, tel un tribun, se chargera d’être le candidat du peuple, de ceux qui se sentent abandonnés par les élites. Problème : Marine Le Pen incarnera également cette posture. Les médias présenteront ces deux candidats comme étant, finalement, très proches par leur côté populiste. Jean-Luc Mélenchon sortira quatrième au premier tour, devancé par François Fillon. Marine Le Pen parviendra à se qualifier pour le second tour, avant de s’effondrer littéralement, lorsqu’il lui sera demandé de s’expliquer clairement sur la sortie de la zone euro. Emmanuel Macron la mettra, lors du débat télévise d’entre-tour, devant ses contradictions, ses incohérences et ses insuffisances en matières économiques.

A ce jour, Emmanuel Macron use et abuse d’une situation politique dans laquelle il n’a pratiquement plus aucune résistance faute d’une opposition solide et crédible. Il enchaîne réforme sur réforme. L’usage des ordonnances l’aide à accélérer le rythme. Les syndicats, comme les partis politiques, n’ont pas résisté non plus à la transformation en profondeur du paysage politique. Ils peinent à rassembler lors des nombreuses grèves nationales. Il y a une résignation de la part de tous les acteurs sociaux qui permet au pouvoir exécutif de manœuvrer comme il veut sans être inquiété. La seule opposition à Emmanuel Macron c’est en définitive lui-même. Et sa politique, jugée brutale, incomprise, très à droite, est perçue par les citoyens comme étant une politique des riches. Dernièrement, des conseillers proches du Président lui ont ouvertement conseillé de ne pas négliger le volet social. Sages conseils.

Gauche et Droite se reconstruisent difficilement et dans la douleur

Alors évidemment, à gauche, au PS, une légère revivification apparaît. François Hollande se montre très critique à l’encontre d’Emmanuel Macron. La « Hollandie » du « mon ennemi est la finance » pourrait-elle encore frapper ? Il y a un espace pour la gauche qui s’opère, s’ouvre jour après jour. Les déçus du Président Macron, de sensibilité socialiste, pourraient bien revenir à leurs premières amours et permettre une rédemption du PS ; une espèce de résurrection vécue comme salutaire. Les critiques contre la politique actuelle du pays sont de plus en plus virulentes et l’arrogance de certains ministres, non des moindres, exaspère les citoyens Français, la classe populaire. L’idéologie de gauche n’est pas morte en France. Le Président Macron ferait bien de ne pas oublier que les Français ont décidé de le suivre dans cette aventure par déception et refus des pouvoirs politiques successifs ; ce fameux « récit National » sans droite ni gauche. Emmanuel Macron est encore en période d’essai. Son acceptation ne sera entérinée que s’il obtient des résultats, non pas pour une partie des Français — les plus aisés — mais pour tous les Français. C’est le contrat qui a été passé en mai 2017.

A droite, c’est la grande inquiétude. Les ultras, les radicaux, ont pris la parole et le pouvoir. Les plus modérés des LR ont quitté Wauquiez et ne sont pas avares dans leurs critiques acerbes envers celui-ci. Un espace s’ouvre également pour la droite. Mais il s’agirait — c’est ce qui se dit dans les coulisses — d’un futur rapprochement avec le Rassemblement National (ex-Front National) de Marion Maréchal (petite fille de Jean-Marie Le Pen). Cette hypothèse aurait comme première conséquence de renforcer l’idée qu’il faudra absolument un PS fort et imposant. Car la vague populiste qui sévit actuellement en Europe n’aurait pour effet que celui de créer le chaos et le désordre en Europe. Jamais, au cours de l’histoire, les extrêmes — car le populisme est l’expression des extrêmes — n’ont apporté quelque bonheur à quelque peuple que ce soit. Les extrémistes n’apportent que violences, déchirements et souffrances. Wauquiez veut une politique « racialiste » centrée sur les Français « de souche » et veut récupérer les électeurs du Rassemblement National en épousant ses thèses. S’il n’y parvient pas, il y aura un rapprochement entre LR et le RN. C’est clair. Le prétexte sera celui de sauver une France « blanche » « chrétienne » et historiquement « judéo-chrétienne » du péril vert, à savoir l’islamisme. Tout cela suscite naturellement des débats, car ce sont des contrevérités. Mais c’est un autre sujet. Wauquiez joue sur les peurs et veut plonger le pays dans l’irrationnel ; on sait que dans pareil cas il est ensuite facile de manipuler les gens et d’obtenir d’eux qu’ils aillent vers des chemins précis. 

Le Pari d’Emmanuel Macron n’est pas du tout le « Pari de Pascal », il est au contraire très risqué. Désintégrer, désagréger, un paysage politique traditionnellement tripolaire — gauche, droite, centre pour faire court — n’est pas sans conséquences si d’aventures le Président échouait dans ses plans. Le pays pourrait alors se retrouver entre des mains peu recommandables et conduisant aux malheurs. Même si les Français sont des citoyens avisés et responsables, la peur, l’incertitude, le désarroi, le mal-être et la crainte de voir la terre se dérober sous ses pieds pourraient inciter tout esprit, même rationnel, à prendre les pires décisions engageant l’avenir. Emmanuel Macron n’a donc pas d’autre choix que de réussir. Sinon, les loups sont déjà aux aguets, attendant leur heure. C’est pour cette raison, même si je ne partage pas toutes ses  idées, que je me sens obligé de soutenir l’actuel Président. C’est un démocrate et un républicain. Nous n’avons, actuellement, pas d’autre possibilité.

Touhami Moualek   

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