La Justice dans l’affaire Tariq Ramadan est instrumentalisée malgré elle

Tariq Ramadan en détention préventive
Tariq Ramadan en détention préventive

Une mise à mort d’un brillant intellectuel musulman qui pose bien des questions sur l’instrumentalisation de la Justice dans une République aussi démocratique soit-elle

Instrumentalisation de la Justice malgré elle

Au sujet de la Justice, on nous dit souvent : « Pourquoi vous continuez à soutenir Tariq Ramadan, alors que vous devriez lui tourner le dos ? » ; allégations aux délits dont il est accusé par plusieurs plaignantes. A ce jour, monsieur Ramadan n’a pas été jugé ; il bénéficie donc de la présomption d’innocence, un droit constitutionnel qui nous renvoie à L’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, et qui rappelle que tout homme est présumé innocent tant qu’il n’a pas été déclaré coupable. Comment pourrions-nous juger une personne sur le seul fait qu’elle serait mise en examen ? On nous dit également : « Vous le soutenez parce que vous avez la même religion. » Allusion, ici, à une appartenance à une espèce de secte. Or, il y a des Musulmans qui, en effet, se sont désolidarisés de monsieur Ramadan. Quant à la religion, je fais remarquer qu’il y a des non-musulmans qui le soutiennent et appellent au respect de ses droits fondamentaux, notamment en matière de santé, de dignité humaine et d’humanisme tout court. La religion peut-être un lien, un tissu fédérateur, un mode de vie commun, mais en aucun cas elle innocenterait une personne qui aurait été reconnue coupable par la justice. Nous n’en sommes pas à ce stade. Ce que j’observe à titre personnel, c’est l’attribut particulier, la singularité du traitement, le caractère d’exception réservé à monsieur Ramadan. Cela me fait croire et penser que la justice serait, malgré elle, instrumentalisée par des groupuscules, des minorités agissantes, notamment parmi l’élite politique, artistique et médiatique. Cependant, il faut savoir garder son sens critique, son esprit d’analyse et de synthèse. A ce sujet, il me parait essentiel, dans l’affaire Tariq Ramadan, de distinguer l’homme en tant qu’individu agissant pour son propre compte, de l’homme qui défendrait des idéaux, des idées, une philosophie de vie, une religion, une politique, une forme de pensée, au service d’un groupe, d’une communauté, d’un peuple. La fameux dicton : « Faites ce que je vous dis, mais ne faites pas ce que je fais. »

la Justice doit être neutre, équitable et insoupçonnable  

L’homme public peut se différencier de l’homme privé. C’est une réalité, un constat, plus qu’une supposition. Nous sommes conscients qu’il n’existe pas d’humains qui seraient parfaits. Nous avons tous nos qualités, nos défauts. Peut-être pourrions-nous tout juste prétendre à être plus méritants, plus sages que la moyenne, si nos qualités parvenaient à compenser nos défauts. Au moment de lapider une prostituée, le Messie (Jésus Christ, fils de la vierge Marie) lança un cinglant avertissement aux exécuteurs : « Que celui qui n’a jamais pêché lance la première pierre. » Tout était résumé. Il ne s’agit ni d’exempter, ni de justifier, ni même de plaindre ou de pardonner. Qui peut oser prétendre incarner la perfection et se positionner en juge ? Peu d’élus, en vérité ; pour ne pas dire personne. Les victimes, dans cette triste et lourde affaire judiciaire, ont le droit au respect, le droit à être dédommagées et réhabilitées sur un plan moral si leurs accusations étaient établies et prouvées. Ceci est indiscutable. Mais pour atteindre cette saine situation, il ne faudrait pas que la suspicion, le doute et le sentiment d’impartialité existent dans cette terrible affaire. Et c’est précisément toute notre crainte. Dans le climat islamophobe actuel, dans cette atmosphère délétère propice aux lynchages, aux retours des ratonnades, aux autodafés, aux chasses aux Musulmans, nous sommes nombreux à penser que Tariq Ramadan paie plus pour ce qu’il représente et ce qu’il pèse auprès d’une communauté, et particulièrement auprès d’une jeunesse que notre République a été incapable d’insérer. L’aubaine est trop évidente. Tout colle, tout est trop parfait, trop accablant, aux yeux de toute âme qui réfléchit, pour ne pas semer doute et confusion dans l’esprit des gens qui ne rechercheraient, après tout, que la stricte vérité. Aussi, à bien des égards, l’incarcération (depuis début février 2018 !) de monsieur Tariq Ramadan, — si l’on regarde d’autres délits similaires et comparables — semble très très sévère. Si l’on retient les garanties ayant été données à la justice pour une remise en liberté et le refus catégorique de celle-ci, on se dit qu’il y a quand même quelque chose qui cloche, qui ne tourne pas rond. Et bien sûr, on se dit qu’il y a deux poids deux mesures, qu’il existe une justice à deux vitesses, celle des riches et des pauvres, bien connue, et celles des Français de souche et les autres, celles et ceux qui ne répondraient pas aux profils et aux critères prédéterminés. Voilà pourquoi nous avons des doutes et les exprimons en toute clarté ; parce que nous restons confiants en la Justice de notre pays. 

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Touhami Moualek

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