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Didier Lemaire tombe à la « Trappes » et se voit lâché en partie par ses pairs de l’Education

Didier Lemaire tombe à la "Trappes" et se voit lâché en partie par ses pairs de l'Education

Didier Lemaire est professeur de philosophie à Trappes dans les Yvelines. Il a affirmé que cette ville était perdue pour la République en raison de l’islamisme qui y règnerait

 

Didier Lemaire met en garde l’emprise de l’islamisme sur la ville de Trappes

Je ne connais ni Didier Lemaire ni la ville de Trappes, si ce n’est par sa position géographique en Île-de-France. Suite aux déclarations fracassantes du professeur de philosophie, le maire de la ville monsieur Ali Rabeh a, selon moi, surréagi à cette hystérie collective et médiatique. On en oublie les sources de ces difficultés que nous connaissons aujourd’hui.

Il est à noter que Ali Rabeh est à son tour menacé de mort et, tout comme Didier Lemaire, bénéficie d’une protection policière. C’est un cercle infernal, un engrenage dans la violence et la haine.

En effet, l’atmosphère ambiante est à l’islamisme, au séparatisme, et autre climat malsain. Depuis les interventions des Américains en Afghanistan (après celle de l’ex-URSS), l’invasion illégale de l’Irak, la destruction de la Libye, la tentative de reprise en main de la Syrie (par les Occidentaux), on ne parle plus que de terrorisme islamiste. A qui la faute ? Aux musulmans, aux envahisseurs ? 

Didier Lemaire a le droit de dénoncer ce qu’il pense être une totale mainmise de l’islamisme dans la ville où il enseigne. Qu’il soit inquiété et menacé pour cela par quiconque est intolérable. Nous sommes tous parfaitement d’accord. Mais le climat délétère actuel en France est propice à toutes ces dérives sectaires. La République ne peut tolérer ces menaces, ces violences verbales et physiques, ces propos racistes souvent légitimés par des médias pour le moins irresponsables.

Didier Lemaire dénonce un communautarisme mais sans préciser que celui-ci a été entretenu en France depuis des décennies

Didier Lemaire a soulevé le sujet de l’islamisme sans en donner les racines et les causes sociologiques profondes. C’est quand même, pour un prof de philo, étonnant. Cette situation actuelle en France n’est pas le fruit du hasard et encore moins due à la fatalité. Nous étions, en effet, très nombreux à dénoncer, à mettre en garde contre l’abandon de territoires entiers par l’Etat.

Rien n’a été fait, par exemple, pour contrer l’effondrement de l’école laïque et républicaine, et rien non plus pour maintenir une « mixité sociale » qui s’est, au fil des années, réduite comme peau de chagrin. Bien des politiques sont responsables de ce qui se passe aujourd’hui en France et dont la ville de « Trappes » n’est qu’un échantillon. 

Didier Lemaire a évoqué l’islamisme et également cité le communautarisme. Je vais donner un exemple précis puisque je fais partie des nombreux acteurs qui ont été en première ligne sur le terrain face à cet échec cuisant (le repli communautaire) de toute la société. Et ce n’est pas faute de l’avoir dénoncé.

De nombreux parents, de confession musulmane, sont arrivés en France après la guerre d’Algérie. Les bienfaits du colonialisme, tant vantés par certain(e)s, ont fait d’eux des analphabètes. La logique d’une intégration responsable et intelligente aurait été de leur apprendre la langue française dès leur arrivée, ainsi qu’à lire et à écrire.

Rien n’a été fait. Nos parents ont continué à parler l’arabe puisqu’ils vivaient entre eux. Hormis la connaissance de quelques mots pour pouvoir faire leur marché, et dire merci par politesse, la langue française, de fait, ne leur était pas indispensable dans le déroulement de leur vie.

Cette politique favorisant le repli sur sa communauté a été appliquée à tous les nouveaux arrivants successifs. Cet entre-soi s’est étendu par la pratique religieuse, un mode de vie et des coutumes importées même si ceux-ci ne représentaient aucun danger pour la République. En revanche, ils ont contribué à favoriser un enracinement communautaire. La « séparation » entre nos parents et la société qui les avait accueillis s’est ainsi creusée d’année en année ; l’économie française étant plus basée sur une main-d’œuvre bon marché que reposant sur de bons citoyens. 

Bien entendu, nos parents ont eu des enfants. L’école républicaine, tant bien que mal, a permis à beaucoup de ces nouvelles générations de s’intégrer et de s’en sortir en devenant des citoyens à part entière, malgré le racisme, les discriminations, et la ghettoïsation à outrance. Tout cela fait désormais partie de l’histoire de France contemporaine. 

Années 70-80, le grand virage

Puis, est apparue dans les années 70-80 — je puis en témoigner car cela a eu pour effet de diviser des familles entières dont la mienne — la pratique d’une religion plus rigoriste, mêlée de prêches radicaux. Il fallait être doté d’un réel sens de l’esprit critique pour ne pas sombrer dans un fanatisme et un embrigadement. Ce fut le cas de nombreuses personnes, grâce à Dieu et, je le répète, à l’école républicaine ainsi qu’aux profs extraordinaires que le destin avait mis sur leur chemin.

Vous comprenez et imaginez donc mon immense tristesse, mon désarroi, lorsque je vois des enseignants être la cible de fanatiques qui, pour ma part, déshonorent le Prophète et l’islam. On ne peut se retourner contre un pays qui vous a accueilli. C’est insensé !

Ce qui parait plus incroyable encore, c’est de voir des générations de « Français de souche » — qui pour moi ne veut rien dire — évoquer les dangers de l’islamisme et du communautarisme, alors que leurs parents et grands-parents ont été à l’origine de ces phénomènes, soit en cautionnant les mauvaises politiques pratiquées, soit en stigmatisant et en appelant à la haine des étrangers. 

Ce sont les gens qui étaient dans l’œil du cyclone, c’est-à-dire les enfants issus de cette immigration, qui devraient prendre la parole pour évoquer les troubles actuels, et non pas les prêcheurs de haine qui s’emparent de ces débats de sociétaux. La société française est aujourd’hui gangrénée par des courants extrémistes de tous bords. Ils représentent tous un réel danger.   

Trop de « personnalités » — marquées par le racisme, la xénophobie, les rancœurs dus à une Algérie qu’ils ont définitivement perdue —, ont des analyses extrémistes et dissertent d’un passé qu’il n’ont pas vécu, d’un présent qu’ils ne maîtrisent plus, d’un avenir qu’ils nous dépeignent comme apocalyptique.

Quand est-ce que, dans ce pays fragmenté et fragilisé, la raison finira enfin par l’emporter ? 

Touhami

Touhami INFOSPLUS

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